De compromis en compromission, les renoncements obèrent le crédit des politiques auprès des citoyens.

Ils l’ont dit, déclaré, répété, asséné : « Nous n’accepterons pas un gouvernement qui suspendrait la réforme des retraites ». Au final, c’est la déconvenue et la vente à l’encan de ses idéaux, de ses principes, de ses marqueurs auxquelles la droite et le centre nous ont une fois de plus donné l’image. Les principes, il en faut pourtant. Tant au niveau éthique que moral. C’est même leur différence avec les idées, lesquelles peuvent fluctuer. Les principes on essaie de les vendre au mieux qu’on peut avec l’espoir que le public comprendra leur intérêt. Ils sont l’honneur de tout homme comme de tout politique. Un homme politique a dit un jour que la politique c’était l’art du possible, mais si on se limite à ce qui est possible alors comment progresse-t-on ? Nul espoir de progrès quant on préfère le renoncement aux valeurs et à la juste cause.
Devons nous dire notre surprise, notre déception. Oui, et au-delà notre désarroi. On pouvait penser légitimement, dut-on être traité de naïfs que les protagonistes de la prochaine présidentielle et les partis du centre, de la droite et du socle commun porteurs de la réforme des retraites avec lucidité se seraient battus bec et ongles pour empêcher ce recul démagogique, justifié par la seule crainte de repartir devant les électeurs. En quoi croit-il donc ? La France est-elle un jeu plus qu’un enjeu ? La gauche a réussi à faire revenir l’Assemblée morcelée sur cette réforme faisant preuve de constance en la matière puisqu’elle est à l’origine de la retraite à 60 ans votée en 1982 en sachant pertinemment que le système n’était pas viable. Constante dans l’effort de délitement de notre contrat social, elle est cohérente dans ces combats. Mais la droite et le centre, comment ne se battent-ils pas avec force pour stopper l’hémorragie destructrice de notre pays. Ils ont succombé à la compromission au nom d’une stabilité précaire des institutions en renvoyant le débat sur les retraites à la présidentielle de 2027. Et ce sont les salariés, les retraité qui vont payer dès 2026 cette reculade, car il n’y aura aucun gain pour quiconque. La droite et le centre sont la parfaite illustration de la célèbre maxime de James Freeman Clarke qui veut qu’un Homme d’État est celui qui pense aux générations futures et un homme politique est celui qui pense aux prochaines élections. Le renoncement à ses principes pour un politique porte la marque de l’altération, voire de l’absence de ses convictions et se paie dans les urnes !
Chacun a conscience que notre système de retraites issu de 1945, véritable pacte social ne peut rester en l’état avec 1,7 actifs pour un retraité. En 1945, il reposait sur un ratio de 5,3 actifs pour un retraité et s’appliquait à tous les travailleurs y compris à ceux qui n’avaient pas cotisé. Suspendre la réforme des retraites présentée maladroitement tout autant qu’adoptée en force ne saurait être une solution. La suspension de la réforme des retraites va accroitre la dépense publique et le déficit abyssal du pays. Elle sera répercutée par des hausses d’impôt et de taxes frappant entreprises, salariés et retraités avec le gel des pensions, et la suppression de l’abattement fiscal de 10 % ; ces deux seules mesures génèreront une baisse de pouvoir d’achat des retraités de 31 % d’ici 2027. Qui le dit ! C’est la victoire du court termisme. Les effets induits de cette suspension, nous les paierons sur plusieurs années, et ce y compris au plan institutionnel voire pour notre démocratie. Car au-delà de la symbolique de la suspension, c’est la classe politique qui est remise en cause. Elle doit sortir du clientélisme et des intérêts boutiquiers. En 1951, Albert Camus dans son ouvrage l’Homme révolté définissait celui-ci comme « un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas. C’est aussi un homme qui juge soudain inacceptable un nouveau commandement, qui signifie que les choses ont trop duré ». Il appartient aux hommes politiques d’éviter que le non grandisse pour sauver la patrie, ses institutions et redresser la France dans la paix et la concorde. Il leur appartient de prouver qu’ils en sont capables et de retrouver de la crédibilité.
Bien sur, la réforme figurera dans les projets et au cœur des débats de la Présidentielle de 2027. Ce sera l’occasion d’expliquer la situation, de présenter l’évolution de notre système et des solutions à lui apporter ; mais elle devra plus largement s’inscrire dans la proposition d’un nouveau contrat social entre la Nation et le citoyen. Car il s’agit bien de refonder ce contrat social qui se délite par quelques bouts qu’on le prenne. Salaires, durée du temps de travail, allègement des cotisations patronales et salariales, valorisation du travail et révision de l’assistanat, aide aux plus démunis, prise en compte du grand âge, politique familiale, éducation et formation…. La tâche est immense mais combien passionnante. Il ne s’agit pas moins que de refonder la société française. Voilà une belle et noble mission pour des Hommes d’État ! Montrez-nous que l’avenir d’une Nation vous importe plus que vos intérêts personnels. Mettez vous au travail et ne sombrez pas dans la facilité de la « rustine », Osez présenter des réformes sans penser à la seule opinion, par essence versatile. Syez pédagogue et croyer en ce que vous dites parce que vous l’aurez pensé et travaillé plutôt que de faire des « punch lines », illustration de la faiblesse pour ne pas dire de l’absence de vos idées. Sortez de l’entre soi et partez à la conquête d’un peuple en jachère de vrais politiques !
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