
Une stratégie énergétique brouillonne, dangereuse et solitaire
Énergie : un “en même temps” intenable, un pays seul, et une addition qui explosera
La France avance dans l’énergie comme on avance dans un brouillard épais : vite, seule, et sans vérifier si la route existe encore. Elle parie sur une relance nucléaire colossale, espère un financement européen qui n’existe pas, oublie les leçons d’ITER et de Flamanville, et ajoute désormais un paradoxe supplémentaire : le financement simultané de deux filières énergétiques dont les logiques s’opposent, mais dont les coûts s’additionnent.
C’est l’ultime contradiction : un « en même temps » devenu déraisonnable, parce qu’il n’est plus un choix, mais une absence de choix.
Le mythe d’un appui européen
Un pari européen sans Europe
Le gouvernement présente la relance nucléaire comme un projet européen. Mais l’Europe n’a rien demandé, rien promis, rien validé. L’emprunt commun ? Un mirage. L’Allemagne n’en veut pas. Les pays du Nord non plus. Les pays de l’Est ont d’autres priorités.
La France joue seule, mais prétend jouer collectif. Et si l’Europe ne suit pas — ce qui est le scénario le plus probable — le contribuable français paiera l’intégralité de la note.
Les avertissements ignorés d’ITER et de Flamanville
ITER, Flamanville : les avertissements que l’on refuse de lire
Ce qui rend ce pari encore plus fragile, c’est l’amnésie industrielle qui l’accompagne.
ITER devait être la vitrine mondiale de la fusion. Il est devenu le symbole planétaire de la dérive :
- des années de retard,
- des milliards supplémentaires,
- un calendrier repoussé à chaque réunion,
- un consortium prisonnier de son propre engagement.
Flamanville raconte la même histoire, en plus national. Et pourtant, la France relance un programme nucléaire massif comme si ces précédents n’existaient pas, comme si l’EPR2 allait miraculeusement tenir ses délais et ses coûts.
Le “en même temps” énergétique : deux filières, aucune stratégie
Le cœur du problème est ailleurs : la France finance simultanément deux filières énergétiques dont les trajectoires financières sont explosives.
D’un côté :
- un programme nucléaire dont les coûts réels sont impossibles à prédire,
- des délais historiquement multipliés par deux ou trois,
- une dépendance totale à des technologies complexes et à des chaînes industrielles fragiles.
De l’autre :
- une filière renouvelable qui exige elle aussi des investissements massifs,
- des infrastructures à déployer partout,
- des réseaux à renforcer,
- des coûts d’intégration croissants.
Financer l’une est déjà un défi. Financer les deux en même temps, sans arbitrage, sans hiérarchie, sans stratégie claire, relève de l’illusion budgétaire.
Ce n’est pas un choix. C’est l’absence de choix.
Et dans un pays où les finances publiques sont déjà sous tension, ce double financement devient inéquitable, insoutenable, et politiquement explosif.
De la souveraineté à la vulnérabilité
Une souveraineté qui se transforme en vulnérabilité
En combinant :
- un pari européen sans Europe,
- des technologies aux coûts incertains,
- des précédents industriels catastrophiques,
- et un financement simultané de deux filières incompatibles dans leur rythme et leurs besoins,
la France ne construit pas sa souveraineté énergétique. Elle construit sa vulnérabilité financière.
Car si les coûts explosent — et ils exploseront — si les délais s’allongent — et ils s’allongeront — si l’Europe ne finance pas — et elle ne financera pas — alors la facture retombera intégralement sur le pays.
Sans amortisseur. Sans alliés. Sans plan B.
Un débat démocratique inexistant
Un pays qui avance sans mémoire, sans débat, sans choix
Ce qui frappe, c’est cette fuite en avant sans débat démocratique. Les décisions tombent par décret. Le Parlement observe. Le citoyen découvre. Et l’État avance, seul, dans un « en même temps » qui n’est plus une stratégie, mais un aveu de désespoir et d’incapacité à choisir.
La France prétend défendre sa souveraineté énergétique. Mais une souveraineté financée à crédit, sans arbitrage, sans cohérence, n’est pas une souveraineté. C’est une impasse.
Il est temps de le dire clairement : on ne peut pas financer deux filières, relancer le nucléaire, développer massivement les renouvelables, et compter sur l’Europe pour payer la différence. Ce n’est pas du courage politique. C’est de l’aveuglement.
La campagne présidentielle de 2027 devra se prononcer clairement sur l’option énergétique française alliant souveraineté industrielle, énergétique qui garante de l’indépendance du pays et d’une production la plus sure et la mins onéreuse pour le citoyen français.
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