

les dépenses contraintes de logement effacent une partie majeure des effets de la redistribution
Et ce n’est pas une formule : c’est un mécanisme structurel, massif, et parfaitement documentable.
1. La redistribution augmente le revenu… mais le logement le reprend immédiatement
En France, la redistribution (prestations + impôts) réduit le taux de pauvreté d’environ 8 à 9 points.
Mais pour les trois premiers déciles :
- le logement absorbe 40 à 60 % du revenu monétaire,
- les hausses de prestations sont immédiatement captées par les loyers,
- les dépenses contraintes (énergie, charges, assurances) augmentent plus vite que les revenus.
👉 Le gain redistributif est neutralisé par la contrainte logement.
2. Le système redistributif est calibré sur un indicateur faussé
La redistribution est pensée à partir du niveau de vie officiel, qui inclut :
- les loyers imputés (revenu fictif des propriétaires),
- et n’exclut pas les dépenses contraintes.
Conséquence :
- on surestime la richesse des propriétaires,
- on sous‑estime la pauvreté des locataires,
- on croit que la redistribution “fonctionne”,
- alors qu’elle est en grande partie absorbée par le logement.
👉 On redistribue sur le papier, mais pas dans la vie réelle.
3. Le logement agit comme un “impôt privé” sur les ménages modestes
C’est l’idée clé.
Pour les trois premiers déciles, le logement fonctionne comme :
- un prélèvement obligatoire privé,
- prélevé par les bailleurs, les copropriétés, les fournisseurs d’énergie,
- qui absorbe une part plus élevée que l’impôt sur le revenu.
Exemple typique (D2) :
- redistribution : +200 € / mois,
- hausse du loyer + charges + énergie : –180 € / mois.
👉 Effet net : +20 €. 👉 Redistribution neutralisée.
4. Le résultat : un taux de pauvreté “officiel” qui sous‑estime la pauvreté réelle:
Avec le niveau de vie officiel : 14,5 %.
Avec un niveau de vie monétaire : 17–18 %.
Avec un niveau de vie arbitrable : 20–22 %.
Pourquoi ?
Parce que le logement efface 4 à 8 points de redistribution.
5. Le cœur de la solution : intégrer les dépenses contraintes de logement dans l’indicateur de niveau de vie
Si l’INSEE :
- retire les loyers imputés,
- intègre les dépenses contraintes logement,
- recalcule les déciles et le taux de pauvreté,
alors :
- la redistribution apparaît pour ce qu’elle est réellement,
- les politiques deviennent enfin ciblées,
- le débat public se réaligne sur la réalité.
On mesure enfin la France telle qu’elle est, pas telle qu’elle apparaît dans les comptes.
Conclusion
Oui : les dépenses contraintes de logement effacent une part majeure des effets de la redistribution. Tant que le niveau de vie officiel ignore ces dépenses et inclut les loyers imputés, la redistribution semble efficace sur le papier mais reste neutralisée dans la réalité. La seule solution est d’intégrer les dépenses contraintes dans l’indicateur de niveau de vie.
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