
Les élections municipales de mars prochain vont être une photographie politique à 15 mois de l’élection Présidentielle et des élections législatives.
Elles se distingueront des précédents scrutins à plusieurs titres :
1- Nous sommes à la fin d’un cycle politique :
. Nous sommes au terme de deux quinquennats, ce qui est une première depuis la réforme constitutionnelle de 2005. Si l’on excepte les deux septennats de François Mitterrand alors que ceux-ci ont aussi été marqués par deux cohabitations, nous avons la présidence la plus longue du XXI ème siècle après celle Jacques Chirac de 12 années. Mais comme pour François Mitterrand, les deux mandats de Jacques Chirac ont été marqué par une cohabitation au sortir d’élections législatives perdues, alors que pour Emmanuel Macron , nous sommes dans une absence de majorité et un gouvernement de coalition qui achève les institutions en les affaiblissant et qui conduira certainement à des bouleversements politiques au sortir des élections de 2027. Comparé les situations est la période a changé, le contexte qu’il soit national, européen et international est tendu ; le pouvoir a du renoncé à toutes ses réformes et la recomposition politique va être totale avec un parti présidentiel qui s’avère ce qu’il est depuis le début, une coquille vide qui a servi seulement au destin d’un homme tout en ne traçant pas de réelle ligne de conduite àù défaut de vision pour le pays. Il n’y aura pas d’héritage ou plutôt des dettes et une situation des plus chaotique.
. L’époque marque la fin d’un cycle institutionnel. Elle est marquée aussi, au-delà du tenant de la fonction présidentielle, par une dérive des institutions de la V éme République avec comme point d’orgue, la dissolution de l’Assemblée nationale post élection présidentielle de 2022 instaurant depuis une instabilité gouvernementale dû à l’absence de majorité. La Constitution d’octobre 1958 s’en trouve dévoyé dans sa pratique. On retrouve les pratiques de la quatrième République que les générations post baby boom n’ont pas connues. Ne manque plus que les apparentements, méthode de gouvernance que l’on peut retrouver avec le vote du budget 2026, ou la gauche qui n’est pas au pouvoir fait voter « son budget » avec la droite ou ce qu’il en reste et le centre qui n’en finit plus de se dilater. Les uns et les autres allant de renoncement en trahison avec leurs convictions en votant des mesures contraires à leurs idées. Une situation qui affaiblit davantage les partis dits de gouvernement (ceux exerçant le pouvoir en alternance depuis 40 ans) au regard du peuple. Au-delà de la crise de régime, se profile le changement de régime.
. Une reconfiguration des protagonistes qui se dessinent : Les extrêmes sont au centre des intentions de vote des électeurs. Ils recueillent l’assentiment d’une majorité des français au fil des sondages et des enquêtes d’opinion. Le RN fait la course en tête quelque soit son candidat à la Présidentielle. LFI ne sombre pas, malgré les outrances et les dérives sectaires. Ces partis vont donner le tempo de la campagne, des idées et des thèmes. Cette situation interroge tout notre système politique. Alors même que la droite est majoritaire dans le pays, la gauche modéré (PS) emporte des succès sur les textes du gouvernement. On constate trois blocs au sortir du vote du budget. Une gauche fractionné en deux pôles : LFI et le PS. Ce dernier malgré des divergences fortes en son sein se rétablit peu à peu, depuis les Européennes en se distinguant à la fois de LFI et du bloc central.
2- A la bipolarisation de la seconde partie du XXème siècle s’est substitué progressivement la constitution d’un bloc central assimilable aux modérés des années trente mais à la palette plus large, mixant droite et gauche de gouvernement, lesquelles se sont alternées au pouvoir tandis qu’à leurs extrémités se sont développés, structurés des mouvements de rupture avec le système politique traditionnel. Ces mouvements qualifiés d’extrême droite et d’extrême gauche ce sont le Rassemblement national et la France Insoumise. L’un et l’autre faisant la course en tête pour le premier dans les intentions de vote et le second étant l’arbitre de l’accession au pouvoir de la gauche.L’un et l’autre faisant office d’épouvantail. Le premier pour la droite se traduit par l’adhésion à un front républicain mêlant droite et gauche, sorte de cordon sanitaire faisant barrage au RN avec accord de désistement au profit du candidat le mieux placé, et ce, au nom de la lutte contre un fascisme (terme valise pour ostraciser l’adversaire et commode pour ne pas régler les problèmes soulevés par les scores de ce parti). Ce qui a valu à la Droite de gouvernement, de se diluer dans un centre peu lisible, aux convictions fluctuantes ne correspondant pas au discours tenu ( fermeté, réforme de l’assistanat, baisse des charges, retour à la valeur travail, baisse des impôts etc..). Quant à la gauche, elle aussi contaminer par l’attrait du centre, elle a laissé prospérer une extrême gauche avec La France Insoumise, s’éloignant des préoccupations du peuple, de la Nation et se faisant dépasser sur son discours d’intégration des minorités, dans laquelle elle voyait l’avenir à défaut du pays, de son électorat considérant que la classe ouvrière avait disparu. LFI a tout repris, le discours identitaire des minorités visibles et prôner la créolisation de la société. Que reste-t-il de ce champ de ruine, de ces abandons et renoncements ? Deux extrêmes qui sont les moteurs du système. Ils sont à la fois les adversaires tout autant qu’ils impulsent idées, discours et positionnement d’un centre extra large ( du PS au LR en passant par Renaissance et Horizons mouvement d’amalgame sans âme, ni fondement), leur ôtant par conséquence toute crédibilité. Droite et gauche se sont fourvoyées. L’exercice du pouvoir en alternance pendant quarante ans les a éloignés du pays réel, du peuple. En substituant au travail des partis les notes de la technostructure, et au mécanisme de gouvernance des partis en ayant recours par exemple à des primaires ouvertes pour désigner ses candidats, ces partis (PS-UMP-LR) n’ont pas senti que de tels mécanismes gommaient leur légitimité dans le processus démocratique de conception des idées, d’offre de vision pour le pays comme de candidats pour en conduire la destinée. Certains diraient que cette position est naïve, et que ces partis se sont coulés dans le confort du pouvoir, et se sont complus dans un conformisme annihilant par définition toute volonté de changement des modes de faire et d’agir sous couvert d’usage des institutions et des règles édictées en France ou en Europe. La contrainte de la règle s’imposant à tous sans craindre le fossé se creusant entre les élites et le peuple. Fossé comblé aujourd’hui par le recours aux extrêmes qui semblent par un discours qualifié de populiste, donc de démagogique simplifié les enjeux comme les capacités d’agir. Les termes de populiste et de démagogique ne cacheraient-ils pas au fond l’incapacité des partis de gouvernement à réformer, que ce soit par manque de volonté, lâcheté, ou plus simplement de fatigue, celle-ci étant engendré par un exercice trop long du pouvoir. La lâcheté on a pu la constater récemment quand la représentation nationale, le gouvernement et les partis de gouvernement ont renoncé à la réforme des retraites, LR reniant ses positions, pourtant responsables sur ce sujet. Ces renoncements décrédibilisent un peu plus la droite. Depuis quand le courage n’est-il plus une vertu par rapport au mensonge ? La droite de gouvernement, et le centre en général en cédant à la démagogie pénalise le pays, son contrat social et ne sort pas grandi de ces renoncements. Il le paiera dans les urnes.
3- Une aspiration forte au changement est la traduction de ces renoncements, de ces fluctuations, de ce sentiment qui taraude le pays de ne pas être entendu par ces dirigeants qui se succèdent au pouvoir sans rien changer, de dirigeants qui ne fixent pas un cap, un horizon, une vision pour le pays. Nos dirigeants pensent-ils sérieusement que les Français n’ont pas conscience qu’il faut des réformes par rapport aux avancées de l’après-guerre, que les temps ont changé, qu’il nous faut un nouveau contrat social, que la gouvernance doit être autre, qu’il faille reconstruire un modèle économique, retrouver de la souveraineté en matière industrielle, alimentaire, énergétique, que notre système éducatif est en faillite, qu’il faille baisser les charges et augmenter les salaires, rétablir le service militaire, repenser notre système de santé, redonner de la fierté et du sens au travail, se retrousser les manches et retrouver le goût de l’effort. A celles et ceux qui répondraient, mais les Français sont ingouvernables, ils ne veulent pas de réformes, nous leur répondons que les Français attendent surtout un discours de vérité par des politiques qui s’adressent à eux avec conviction, honnêteté et courage ; qui mettent en avant l’avenir du pays et non leur carrière. Nos représentants actuels peuvent-ils raisonnablement croire que les Français se satisfont de la politique actuelle, qu’ils sont dans l’attente du tout va être réglé sans efforts. Le problème des Français c’est avant tout d’avoir confiance en des dirigeants solides disant la vérité et offrant une perspective et une trajectoire. Pour cela, il faut être crédible. Et en matière de crédibilité, il va falloir trouver des politiques plus vierges que ceux qui défilent aux commandes du pays depuis trente ans, et qi ont une vraie expérience de la vie.
Alors dans un tel contexte, les élections municipales mériteront d’être examinées avec attention par les surprises qu’elles peuvent apporter. A un an de la Présidentielle, ces élections réputés peu politiques pourraient contenir les germes de la nouvelle configuration des rapports de force tout autant que d’apporter mieux que des sondages un état de l’opinion des Français. Nous en identifions plusieurs.
Nous allons assister à l’arrivée de nouvelles générations dans nombre de villes petites ou grandes qui va démentir le manque d’intérêt des jeunes pour la politique. Une nouvelle génération qui manque de culture politique et qui sera à la fois désinhibé par rapport aux positions traditionnelles vis-à-vis des extrêmes, comme vis à vis des injonctions partisanes. Une génération qui, à l’inverse à la culture des réseaux sociaux, ce qui bouleversera un peu plus les codes de la politique et la manière de s’adresser aux citoyens. Le lien direct entre candidat- militant-élu et citoyen sera renforcé. Quel en sera l’impact pour les élections de 2027 ?
Une redistribution des cartes dans l’identification des résultats en terme d’appartenance politique sera plus aléatoire. Dans de nombreuses communes, apparaissent des listes RN, UDR, LFI sans étiquette ou réputées comme telles avec des candidats de tous bords. Dan ce dernier cas, il faudra compter les résultats comme les sièges obtenus pour avoir une lecture politique du scrutin au regard des partis comme des idées. Nombre de liste à droite présente un mélange de tendances, préfigurant sans le dire une fusion des droites sous couvert d’enjeux locaux. Une analyse des élus au sortir des scrutins des 15 t 22 mars sera opportune. Car s’il est facile de glisser un bulletin pour certaines formations ou de se présenter sous des étiquettes de mouvements se situant aux extrêmes de l’échiquier politique, il était plus difficile de s’afficher sous ces bannières aux élections locales. L’entrisme de candidat sur ces listes ou plus simplement l’adhésion au cours du mandat précédent sans en faire état est patent. Le « gramscisme de droite » va-t-il trouver un terreau au sein des assemblées municipales et intercommunales se dotant ainsi d’une assise « terrienne » qui lui manquait jusqu’ici ? Par gramscisme e droite, il faut entendre comment on fait ou défait mesure après mesure, instillation après instillation les institutions démocratiques présentes.
Va-t-on assister à un rapprochement des droites localement, mais aussi des « centres », terme valise pour définir le conglomérat des formations LR, UDI, Horizons, une partie de Renaissance, c’est à dire l’UMP avant son implosion et à une séparation de la gauche avec d’un côté LFI et de l’autre, le PS, les écologistes, le PC, le PRG ? Les municipales en d’autre terme ne sont elles pas les préfiguratrices de la recomposition politique avant l’échéance de la Présidentielle ? Quelles leçons les partis et mouvements vont-ils tirer de ces élections ? La constitution des exécutifs dans les mairies comme dans les intercommunalités seront à examiner. Assistera-t-on à l’élection de maire donnant lieu à un barrage républicain comme lors des régionales de 1998 ou Charles Millon en Rhône-Alpes, Jacques Blanc en midi-Pyrénées, Charles Baur en Picardie durent renoncer à leur présidence, seul Jean-Pierre Soisson en Bourgogne se maintint. Il y a fort à parier qu’une telle situation ne sera pas générale, illustrant les limites du Front républicain. De même que la désignation des grands électeurs pour les sénatoriales de fin septembre pour les départements de la première tranche, élections qui verra le renouvellement de la moitié de la chambre haute du Parlement sera intéressante à suivre.
Voilà quelques raisons de s’attacher à ce scrutin municipal au regard de l’évolution politique de notre pays, des indications qu’elles donneront de l’état des forces, de l’installation ou non localement des mouvements dits extrêmes, des alliances, regroupements ou rejet qui s’effectueront, comme des relais locaux qui s’établiront dans l’année précédent la Présidentielle générant de nouveaux mécanismes de gouvernance dans les partis.