
La France aborde une élection avec près de 120 % de dette publique, un déficit supérieur à 5 % du PIB, une croissance attendue de seulement 0,4 % en 2026 et 0,7 % en 2027, tandis que le spread OAT-Bund a pratiquement doublé en un an pour atteindre environ 140 points de base. Et pourtant, le débat ressemble souvent à celui d’un pays en pleine abondance.
Plus de dépenses.
Plus d’aides.
Plus d’avantages.
Plus d’exemptions.
Plus de protection.
Toujours plus.
Jamais moins.
Jamais de choix.
Jamais de renoncements.
Comme si les finances publiques n’étaient plus qu’un détail comptable.
Comme si la dette n’avait plus de coût.
Comme si les générations futures n’existaient pas.
La grande hypocrisie de notre époque est là.
Nous savons que les comptes ne ferment plus.
Nous savons que la croissance est trop faible.
Nous savons que la charge de la dette augmente.
Nous savons que les marges de manœuvre disparaissent.
Mais nous continuons à faire campagne comme si l’argent public tombait du ciel.
Une nation sérieuse ne devrait plus demander :
« Que pouvez-vous nous donner ? »
Elle devrait demander :
« Que comptez-vous arrêter ? »
« Que comptez-vous réformer ? »
« Que comptez-vous financer ? »
« Qui paiera ? »
Car gouverner n’est pas promettre.
Gouverner, c’est choisir.
Et choisir, c’est forcément déplaire.
Voilà précisément ce que trop de campagnes refusent d’assumer.
Depuis trente ans, la dette a remplacé le courage politique.
Chaque difficulté a été reportée.
Chaque arbitrage repoussé.
Chaque promesse financée par l’emprunt.
Aujourd’hui, la facture arrive.
Et le plus inquiétant n’est pas l’état des finances publiques.
Le plus inquiétant est que certains continuent à parler comme si de rien n’était.
Comme si le réel pouvait être négocié.
Comme si les chiffres pouvaient être convaincus.
Comme si les marchés, les taux d’intérêt et la croissance allaient finalement s’adapter aux slogans.
Mais les chiffres ne votent pas.
Ils sanctionnent.
Les électeurs peuvent croire aux promesses pendant quelques semaines.
Les marchés peuvent patienter quelques mois.
La dette peut encore augmenter quelques années.
Puis vient toujours le moment où le réel reprend ses droits.
Et ce jour-là, ce ne sont plus les candidats qui écrivent le programme.
Ce sont les comptes.
La vraie question de la prochaine élection n’est donc pas :
« Qui promet le plus ? »
La vraie question est :
Qui aura enfin le courage de dire aux Français ce qu’ils n’ont plus envie d’entendre ?
Car une démocratie ne devient pas fragile lorsqu’elle manque de promesses.
Elle devient fragile lorsqu’elle préfère les promesses à la vérité.
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