BCE contre Conseil européen : qui échange quoi à Bruxelles ?

Christine Lagarde quittera la Banque centrale européenne le 7 février 2027. Quelques mois plus tard arrivera l’échéance du premier mandat d’António Costa à la présidence du Conseil européen, renouvelable une fois. Aucun marché n’est établi. Mais si la France abandonne Francfort, il faudra regarder ce qu’elle cherchera à obtenir à Bruxelles.

À Bruxelles, on appelle cela des « équilibres ».

Les citoyens pourraient employer un mot moins diplomatique : marchandage.

Soyons précis : aucune information publique ne démontre aujourd’hui l’existence d’un accord « BCE contre Conseil européen ».

Mais le calendrier mérite qu’on ouvre les yeux.

Christine Lagarde quittera la BCE le 7 février 2027, près de neuf mois avant le terme initialement prévu de son mandat. Son départ permettra d’engager sa succession avant la présidentielle française. Et Emmanuel Macron souhaite que cette succession soit préparée de manière « ordonnée et équilibrée avec nos partenaires européens ». Très bien.

Mais « équilibrée » avec qui ?

Et surtout : équilibrée avec quoi ?

Si Paris lâche Francfort, demandons pourquoi

La succession de Christine Lagarde fournira le premier indice.

La France défendra-t-elle un Français à la tête de la BCE ?

Ou soutiendra-t-elle le candidat d’un partenaire ?

La nomination finale appartient au Conseil européen en formation zone euro, selon la procédure européenne applicable et à la majorité qualifiée renforcée. Si Paris renonce délibérément à défendre une candidature française, une question deviendra légitime :

que cherche la France dans l’équilibre suivant ?

Car quelques mois plus tard arrive une autre échéance.

António Costa a pris ses fonctions à la présidence du Conseil européen le 1er décembre 2024, pour deux ans et demi. Son mandat peut être renouvelé une fois. Et Christine Lagarde sera alors libre de ses fonctions depuis plusieurs mois.

Voilà l’hypothèse : la France pourrait-elle soutenir le candidat d’un partenaire à la BCE, puis rechercher son soutien pour porter Christine Lagarde à la présidence du Conseil européen ?

Aucune preuve ne permet aujourd’hui de l’affirmer.

Mais si compromis il y avait, il ne serait évidemment jamais écrit : « la BCE pour vous, le Conseil européen pour nous ».

Il passerait par des soutiens, des renoncements et des coalitions successives.

Francfort, Paris, Bruxelles

La séquence est remarquable :

7 février : départ de Christine Lagarde. 18 avril et 2 mai : présidentielle française. Puis : échéance du premier mandat d’António Costa, renouvelable une fois. Alors regardons moins les discours que les choix.

Qui prendra la BCE ?

Qui la France soutiendra-t-elle ?

Et si Paris renonce à Francfort, que revendiquera-t-il ensuite à Bruxelles ?

Il serait prématuré de dénoncer aujourd’hui un marché dont rien ne prouve l’existence.

Mais il serait naïf de ne pas surveiller les mouvements.

Car en Europe, les grands accords se lisent parfois moins dans les postes que l’on obtient que dans ceux auxquels on accepte de renoncer.



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