
Dette, croissance atone, services publics : la France devra faire des choix difficiles. Mais l’effort collectif ne sera accepté que s’il est compris, équitable et suivi de résultats.
La France va devoir faire des choix.
Au 30 juin 2026, la dette publique atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, en hausse de 59,6 milliards en trois mois. La Banque de France ne prévoit plus que 0,4 % de croissance en 2026 et anticipe un chômage à 8,4 % en fin d’année. Voilà l’équation : redresser les comptes au moment où la croissance est trop faible pour rendre l’effort indolore.
La question n’est donc plus seulement de savoir quel effort accomplir.
Elle est de savoir comment nous accepterons de le faire ensemble.
On présente volontiers les Français comme réfractaires aux réformes. C’est trop simple.
Ils travaillent, cotisent, paient leurs impôts, entreprennent, élèvent leurs enfants, prennent soin de leurs proches. Ce qu’ils acceptent de moins en moins, ce n’est pas l’effort.
C’est l’effort dont ils ne comprennent plus le sens.
Pourquoi payer davantage ? Pourquoi travailler plus longtemps ? Pourquoi réduire cette dépense plutôt qu’une autre ? Pourquoi préserver tel avantage et supprimer celui-là ?
Et surtout : pour quel résultat ?
Le problème français n’est donc pas seulement budgétaire.
C’est aussi un problème de consentement.
Il faut le reconstruire autour de cinq principes.
Aucun effort sans vérité
Commençons par les faits. Ce que coûtent nos retraites, notre santé, notre protection sociale, notre défense. Mais aussi notre complexité, nos inefficacités et les décisions sans cesse différées.
La vérité ne dicte pas une politique. Elle permet de choisir.
Aucun effort sans équité
On ne redressera pas la France en opposant actifs et retraités, public et privé, salariés et entreprises, classes moyennes et plus aisés.
La justice n’exige pas le même effort de tous.
L’effort peut être différent. Il ne peut être arbitraire.
Aucun effort sans résultat
Nous savons compter ce que nous dépensons. Apprenons à mesurer ce que nous obtenons.
Une dépense supplémentaire n’est pas une réussite. Une économie non plus si elle dégrade le service qu’elle prétend rationaliser.
La dépense doit rendre des comptes. L’économie aussi.
Aucun effort sans réciprocité
L’État ne peut demander aux citoyens de changer sans accepter de changer lui-même.
Simplifier. Évaluer. Supprimer ce qui ne fonctionne plus. Généraliser ce qui réussit. Rendre compte.
Un État exigeant envers les citoyens doit l’être d’abord envers lui-même.
Aucun effort sans perspective
Un pays peut accepter beaucoup lorsqu’il sait où il va.
Si une contribution est exceptionnelle, elle doit avoir une fin. Si un investissement prépare l’avenir, ses résultats doivent être mesurés.
L’effort retrouve son sens lorsqu’il ouvre une perspective.
Ce contrat n’est ni de droite ni de gauche.
Les uns préféreront réduire certaines dépenses. D’autres augmenter certaines contributions. D’autres privilégieront le travail, la production, l’écologie ou la solidarité.
C’est la démocratie.
Mais exigeons de tous la même discipline :
des faits avant les slogans, des financements derrière les promesses, des résultats après les décisions.
Le redressement ne doit pas devenir l’inventaire des sacrifices à imposer.
La question est beaucoup plus ambitieuse :
que voulons-nous reconstruire ensemble ?
Une économie productive. Une protection sociale durable. Des services publics efficaces. Des finances maîtrisées. Un État capable de décider et de rendre compte.
La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite par la preuve.
La France ne refuse pas l’effort. Elle refuse l’effort sans sens, sans équité et sans résultat.
On ne redresse pas un pays contre ceux qui doivent le redresser.
On le redresse avec eux.
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