SMIC à 1 700 euros : qui paie vraiment ?

Illustration éditoriale satirique : un tribun en campagne annonce au mégaphone “SMIC à 1 700 euros” devant une foule.

Mieux payer le travail est une nécessité. Mais 1 700 euros nets n’est pas une politique : c’est un chiffre. Avant de l’applaudir ou de le condamner, suivons l’argent.

Porter le SMIC à 1 700 euros nets ?

La proposition est simple. Son objectif est légitime.

Le travail doit mieux payer.

Mais une fois cette évidence posée, les difficultés commencent.

Le SMIC atteint aujourd’hui environ 1 478 euros nets par mois. Passer à 1 700 euros, c’est ajouter environ 222 euros chaque mois, soit près de 15 %. Très bien.

Mais qui paie les 222 euros ?

L’entreprise ?

Alors son coût du travail augmente.

Certaines pourront l’absorber. D’autres répercuteront une partie sur leurs prix, leurs marges, leurs investissements ou leur masse salariale.

L’État ?

Alors il faut augmenter les allègements ou réduire les prélèvements.

Mais l’État ne crée pas les 222 euros.

Il les finance ailleurs.

La protection sociale ?

Alors il faut savoir quelles recettes remplaceront celles auxquelles on renonce.

Dans tous les cas, la première règle est simple :

Un euro distribué doit être produit ou prélevé quelque part.

Il n’existe pas d’argent gratuit.

Mais le véritable problème est ailleurs.

Que fait-on du salarié à 1 700 euros ?

C’est lui, le grand oublié.

Que devient celui qui gagne aujourd’hui 1 650, 1 750 ou 1 850 euros après plusieurs années de travail ?

Sa qualification a-t-elle soudainement perdu sa valeur ?

Son expérience ?

Ses responsabilités ?

Augmenter fortement le SMIC sans déplacer une partie de l’échelle salariale revient à rapprocher du minimum des millions de salariés qui étaient jusqu’alors au-dessus.

On améliore le plancher, mais on rapproche le plafond.

Le problème n’est donc plus seulement le SMIC.

C’est la rémunération du travail tout entière.

Et nous oublions encore l’essentiel

Un ménage ne vit pas de son salaire brut.

Il ne vit même pas de son seul salaire net.

Il vit de son revenu réellement disponible.

Salaire.

Cotisations.

Impôts.

Prime d’activité.

Prestations.

Aides.

Tout interagit.

Lorsque l’un monte, un autre peut descendre.

Nous pouvons donc parfaitement ajouter 100 euros à un endroit et en reprendre une partie ailleurs.

Puis nous annoncerons triomphalement que le salaire a augmenté.

Le salarié, lui, regardera son compte bancaire.

Voilà la vraie question

Pas :

« Êtes-vous pour ou contre le SMIC à 1 700 euros ? »

Mais :

« Comment faire pour que le travail rapporte réellement 200 euros de plus sans reprendre ailleurs ce que nous venons de donner ? »

Cette question oblige à regarder simultanément le salaire minimum, les cotisations, les allègements patronaux, la fiscalité, les prestations et les grilles professionnelles.

Peut-être la réponse sera-t-elle 1 700 euros.

Très bien.

Mais démontrons-le.

Mieux rémunérer le travail est un objectif.

Le SMIC n’est qu’un instrument.

Et un chiffre, aussi séduisant soit-il, ne remplace jamais l’analyse de ses conséquences.

Le véritable progrès social ne consiste pas à augmenter ce qui est écrit sur la fiche de paie.

Il consiste à augmenter durablement ce qui reste à celui qui travaille.



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