
Natacha Polony : le point de passage possible d’une France devenue ingouvernable
La France ne manque pas de candidats. Elle manque de passages.
Entre une gauche qui ne parle plus à toute la gauche, une droite qui ne sait plus très bien où elle commence ni où elle finit, un centre usé par l’exercice du pouvoir et des oppositions radicalisées, notre vie politique ressemble de plus en plus à un archipel.
Chacun possède son territoire. Chacun surveille ses frontières. Chacun dénonce ses voisins.
Et le pays, lui, attend.
C’est dans ce paysage que la candidature de Natacha Polony mérite davantage qu’un haussement d’épaules.
Elle s’est déclarée candidate à la présidentielle le 14 octobre 2026 en disant vouloir rassembler les « orphelins de la politique ». Son diagnostic repose notamment sur la perte de puissance économique, d’indépendance et de souveraineté de la France. Il serait prématuré de parler d’un programme présidentiel achevé. Natacha Polony l’assume elle-même : son site de campagne indique que tout n’est pas encore écrit et organise pour l’instant sa démarche autour de trois grandes orientations : transmettre pour émanciper, produire pour choisir, faire vivre la démocratie. Et si, paradoxalement, cette incomplétude constituait aussi une occasion ?
Produire avant de redistribuer ce que nous ne produisons plus
Le premier mérite de Natacha Polony est de remettre la production au centre.
Elle propose de donner la priorité à la production française dans la commande publique et de supprimer les aides aux entreprises qui ne seraient pas conditionnées à une production sur le territoire français. On pourra discuter les modalités. On devra même le faire, notamment au regard des règles européennes applicables à la commande publique. Les modalités juridiques concrètes de cette préférence restent à préciser. Mais l’intuition politique mérite d’être entendue.
Avant de nous disputer indéfiniment sur la redistribution des richesses, encore faut-il recommencer à les produire.
Produire notre énergie. Produire davantage de biens essentiels. Préserver notre agriculture. Reconstruire des filières industrielles. Former aux métiers dont nous avons besoin.
Cette question n’est ni de droite ni de gauche.
Elle est préalable.
Et peut-être est-ce précisément par les questions préalables que l’on recommencera à réunir les Français.
L’école plutôt que la guerre culturelle
Deuxième point de passage : l’école.
Natacha Polony veut remettre au centre les connaissances, la maîtrise de la langue et la capacité de raisonnement. Son site présente cette transmission comme une condition de l’émancipation. Là encore, pourquoi faudrait-il choisir son camp ?
La transmission serait-elle de droite et l’égalité de gauche ?
L’autorité serait-elle conservatrice et l’émancipation progressiste ?
Cette mécanique idéologique nous épuise.
Une école exigeante est précisément celle dont les enfants des milieux populaires ont le plus besoin.
Revenir aux savoirs, à la langue, à la transmission, à l’autorité intellectuelle du professeur n’oblige nullement à renoncer à l’idéal d’égalité.
Cela peut au contraire lui redonner un contenu.
La souveraineté sans le repli
Troisième point de passage : la souveraineté.
Le mot a été tellement caricaturé qu’on hésite presque à le prononcer.
Pourtant, que signifie gouverner si l’on ne dispose plus des moyens d’agir ?
Le projet présenté par Natacha Polony relie justement production et capacité collective de choisir. Cette souveraineté-là ne devrait appartenir à aucun camp.
Elle peut parler au gaulliste attaché à l’indépendance nationale comme à l’électeur de gauche inquiet de la désindustrialisation, à l’écologiste soucieux de relocaliser comme au chef d’entreprise qui veut retrouver une politique industrielle.
La souveraineté n’est pas nécessairement le refus des autres. Elle peut être la capacité retrouvée de choisir avec eux sans dépendre d’eux.
Cette dernière formulation est une proposition doctrinale, pas une citation de la candidate.
Mais le programme doit maintenant franchir l’épreuve du réel
C’est ici que commence la difficulté.
Une candidature présidentielle ne peut pas longtemps vivre de principes.
Il faut des chiffres. Des priorités. Des arbitrages.
Sur la dette et les dépenses publiques. Sur les prélèvements. Sur les retraites. Sur la santé. Sur l’immigration. Sur l’énergie. Sur l’Europe. Sur les institutions.
Et surtout : qui paie quoi ?
Le programme disponible demeure aujourd’hui partiel. Certaines propositions économiques avancées ne sont pas encore accompagnées d’un chiffrage complet ou de modalités détaillées. C’est donc maintenant que Natacha Polony joue sa crédibilité.
Elle doit passer du diagnostic juste au système cohérent.
De l’éditorial au budget.
De la souveraineté proclamée aux moyens de l’exercer.
Ni synthèse molle, ni nouveau camp
Mais son pari le plus intéressant est ailleurs.
La France n’a peut-être pas besoin d’un bloc supplémentaire.
Elle en a déjà trop.
Elle a besoin d’un point de passage.
Une politique capable de dire à la gauche : gardons la justice sociale, mais retrouvons la production, l’autorité de l’État et la Nation.
À la droite : gardons l’autorité, le travail et la responsabilité, mais cessons de considérer les services publics et la cohésion sociale comme des charges résiduelles.
Aux écologistes : protégeons les ressources, mais réconcilions écologie, industrie et progrès.
Aux Européens : construisons l’Europe, mais une Europe qui rende aux peuples une capacité d’action plutôt qu’un sentiment d’impuissance.
Et aux souverainistes : retrouvons notre liberté de décision sans transformer l’indépendance en isolement.
Voilà ce que pourrait être le point responsable.
Non pas le milieu géométrique entre tous les partis.
Non pas encore un « en même temps ».
Mais l’endroit où des Français qui ne pensent pas la même chose acceptent néanmoins de recommencer à faire quelque chose ensemble.
C’est beaucoup plus difficile.
Et beaucoup plus nécessaire.
La France n’a plus les moyens de ses guerres de religion politiques
Notre pays croule sous les vétos croisés.
Celui-ci ne parlera jamais avec celui-là. Celui-là refuse toute mesure venant de celui-ci. Une proposition devient suspecte non pour ce qu’elle contient, mais pour celui qui la formule.
Cette politique est devenue improductive au sens propre.
Elle ne produit plus suffisamment de décisions, de compromis ni de perspectives communes.
La candidature de Natacha Polony ne résoudra évidemment pas à elle seule cette crise.
Son programme devra être considérablement précisé. Sa cohérence économique devra être démontrée. Ses propositions devront résister au droit, au financement et au réel.
Mais elle pose au moins la bonne question :
et si l’élection présidentielle de 2027 ne devait plus servir à choisir le camp qui vaincra l’autre, mais le projet autour duquel plusieurs France accepteraient enfin de retravailler ensemble ?
Dans une démocratie fragmentée, le courage n’est peut-être plus de choisir son camp.
Il est de construire le pont.
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