France, agence de notation : Moody’s ne nous sauve pas, elle nous prévient

Satirical drawing labeled «CHRONOMÈTRE LE TEMPS PRESSE...» showing «DETTE» over a map of «FRANCE» with «CHÔMAGE», «RETRAITES», «CROISSANCE» and «DÉFICIT».

On pourra toujours se rassurer : Moody’s n’a pas dégradé la France.

Vendredi 23 octobre, l’agence a maintenu sa note à Aa3. Mais elle a maintenu aussi sa perspective négative. Et surtout, son appréciation repose sur une hypothèse : qu’un budget 2027 réduisant le déficit sera adopté. Autrement dit, la France n’est pas récompensée. Elle est mise sous condition.

La nuance est considérable.

Car pendant que certains célèbrent une sanction évitée, les chiffres, eux, ne célèbrent rien. Le FMI décrit une France confrontée à une croissance faible, à des déficits et une dette élevés, tandis que les dépenses liées notamment au vieillissement, à la défense et aux transitions numérique et écologique continuent d’exercer des pressions. Il réclame une stratégie pluriannuelle crédible associant redressement budgétaire et croissance. Il n’existe aucune contradiction entre les deux diagnostics.

Le FMI nous dit : la trajectoire n’est plus tenable sans correction.

Moody’s nous dit : vous avez encore les moyens de la corriger.

C’est toute la différence entre être en crise et se diriger vers elle.

La France conserve en effet une signature de bonne qualité chez Moody’s. Mais les deux autres grandes agences, S&P et Fitch, la classent déjà un cran plus bas, à A+. Voilà pourquoi le véritable danger serait aujourd’hui de confondre absence de sanction et validation de notre politique.

La question n’est plus de savoir si la France peut encore emprunter.

Elle le peut.

La question est de savoir combien elle devra demain payer pour continuer à emprunter, et surtout combien de temps ses créanciers accepteront de croire aux réformes que nous annonçons plus vite que nous ne les réalisons.

Il reste pourtant une excellente nouvelle : nous avons encore le choix.

Le choix de réformer avant la contrainte.
Le choix de transformer plutôt que de raboter.
Le choix de reconstruire plutôt que d’ajouter un plan d’économies au précédent.

Moody’s ne vient donc pas de décerner un brevet de bonne gestion à la France.

Elle vient de lui accorder ce qui devient peut-être sa ressource la plus précieuse : du temps.

À nous de décider si nous voulons l’utiliser pour réformer, ou simplement pour retarder une nouvelle fois l’échéance.



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