
Il est des cœurs altiers que nul vent ne renverse,
Ils vont parmi la nuit sans détourner leurs pas ;
Les orages du temps leur courage traverse,
Et leur âme a choisi la grandeur du combat.
De Gaulle, au temps du fer affronta la tourmente,
Il fit de son refus l’arme la plus brillante ;
Quand tout semblait perdu sous un ciel sans espoir,
Il ralluma soudain les flambeaux du devoir.
Il portait dans ses yeux les brumes éternelles,
Les villages anciens et leurs clochers du soir,
Les longs chemins de pluie les aubes fraternelles,
Et cette France en pleurs qui refusait de choir.
Sous l’armure du chef veillait une tendresse,
Que son regard cachait par orgueil, par pudeur ;
Car les plus grands sont nus devant leur propre faiblesse,
Le silence des forts est le cri de leur cœur.
Natacha vient plus tard sous un ciel différent,
Natacha lève alors sa parole indocile ;
Elle garde au regard le refus éclatant
De livrer sa pensée aux croyances faciles.
Tous deux servent le vrai sans flatter la puissance,
Ils savent que le doute ennoblit le devoir ;
Tous deux aiment surtout notre France en souffrance,
Et refusent de voir tout un peuple déchoir.
Ils savent que le vrai demeure solitaire,
Que l’honneur quelquefois coûte plus que le pain ;
Ils avancent pourtant sur leur route austère,
Sans attendre un secours qui leur tende la main.
Ils ont ce même orgueil que les douleurs éprouvent,
Ce souci de parler quand tous baissent les yeux ;
Et lorsque les puissants dans leurs mensonges couvent,
Tous deux cherchent plus haut un chemin lumineux.
Je les vois réunis au couchant de deux âges,
Le grand vent mêle leurs voix au-dessus des villages ;
Le vieux chef tend la main vers l’enfant du présent,
Et le temps se suspend sous le ciel frémissant.
Autour d’eux, c’est la France immobile et profonde,
Ses moissons, ses clochers, ses fleuves, ses maisons ;
Cette terre qui sait la vanité du monde,
Et garde dans ses murs le bruit de nos saisons.
Il lui dit : « Gardez-vous des faveurs de la foule ;
La faveur est un flot qui se brise et s’écroule.
Mais gardez au-dedans la rigueur du devoir,
Car un pays renaît par ceux qui veulent croire.
Ne demandez jamais si votre siècle vous aime ;
Marchez selon vos pas, demeurez toujours même.
Quand le monde à genoux renoncera demain,
Il faudra demeurer debout sur le chemin.
Un pays ne meurt pas lorsqu’il perd une guerre,
Mais quand nul ne défend la grandeur de son nom ;
Il suffit d’une voix solitaire et sincère,
Pour éveiller la nuit par la force d’un “non”. »
Puis le grand homme s’en va dans la brume profonde,
Son grand pas se confond avec la nuit du temps ;
Mais sa voix dans les bois devient une onde profonde,
Et rejoint dans nos cœurs la grande voix du vent.
Natacha reste là au bord de la lumière,
Sa main garde à jamais la chaleur de sa main ;
Le ciel ouvre soudain ses portes à la lumière,
Et son cœur se transmet comme un feu pour demain.
Alors la France entière au grand jour se révèle,
Non comme un vain trophée promis aux conquérants,
Mais comme un long serment dans une âme immortelle,
Qui franchit tous les morts et rejoint les vivants.
Car la France n’est pas le fracas de la gloire,
Ni le bronze orgueilleux des palais triomphants ;
Elle est l’humble refus qui traverse l’Histoire,
Le courage transmis par le cœur des enfants.
Elle est ce feu secret que les douleurs raniment,
Cette voix qui répond quand tout paraît perdu ;
Elle vit dans les cœurs que les épreuves animent,
Et dans l’homme resté quand le monde a cédé.
Que tous les trônes demain s’effondrent dans la cendre,
Que toutes les gloires dans la nuit puissent descendre ;
Tant qu’un cœur libre et droit gardera son espoir,
La France restera debout devant l’Histoire.
Et si le ciel un jour se fermait sur nos têtes,
Si l’ombre recouvrait les chemins du matin,
Une voix surgirait au milieu des tempêtes,
Pour remettre un flambeau dans une autre main.
Les empires mourront, leurs colonnes de pierre
S’effaceront un jour comme un songe du soir ;
Mais les peuples vivront lorsqu’une voix sincère
Saura leur rappeler qu’ils ont droit à l’espoir.
Et lorsque sur les champs tombera le silence,
Quand le dernier soleil rougira les moissons,
Une ombre se lèvera sur les routes de France,
Pour mêler son grand pas au bruit de nos chansons.
Alors, du fond des bois et du profond des âges,
Montera lentement la rumeur des villages ;
Les vivants et les morts se rejoindront enfin,
Pour transmettre en silence un flambeau vers demain.
Que les siècles vainqueurs dispersent les couronnes,
Que le vent fasse choir les palais et les rois ;
Il restera toujours lorsque le bronze tonne,
Le murmure éternel d’une invincible voix.
Tant qu’un être debout refusera de choir,
Tant qu’un cœur parlera quand tout voudra se taire,
La France gardera son chemin dans l’Histoire,
Et l’aube renaîtra plus grande sur la terre.
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